La conscience planétaire
Accueil du site > La conscience planétaire > De la diversité et de ses ennemis > Adresse à la fausse avant-garde sur la poussière qui s’accumule[1].

Adresse à la fausse avant-garde sur la poussière qui s’accumule[1].

Ethos du faux jeton.

4 juillet 2008, par By JIM

A quoi reconnaît-on un homme qui dit vraiment la vérité ?
Il se fait immanquablement assassiner.

(Devinette [délocalisée] pour les repas ennuyeux)


Parce qu’un spectacle, vivant ou pas, repose dans son entier sur les comédiens qui le font, la fuite s’affirme comme inéluctable lorsque la conscience s’empare de la vérité du mensonge politique. Là, l’observateur, à force d’accumuler les détails anodins et pourtant hautement symptomatiques, piochés au hasard des discours, découvre simultanément les joies de la « prédation cognitive » et l’invisible vérité du mensonge. Cette comédie où l’on dit oui quand il faut dire non et inversement, la lucidité la lui rend tangible. Il l’appréhende comme protéiforme et universelle. Quant à l’hypocrisie, son écran de fumée, elle devient alors presque palpable.

Pour provoquer la surrection d’un vrai mensonge chez un politicien, il suffit de déranger sa tranquillité bourgeoise. On y parvient généralement en devinant ce que couve le menteur potentiel, les intérêts qu’il protège comme une mère poule, les avantages dont il jouit secrètement, la nature de ses petits privilèges et les connivences qu’ils impliquent… Plus sûrement, le menteur en puissance se hérissera de défenses si vous entreprenez de questionner ses convictions, surtout si elles sont héritées d’une stratégie électorale ou d’un retournement de veste....

Mais en définitive, les causes particulières de la « vérité du mensonge » ou la nature de ces causes importent peu puisqu’il ne s’agit pas d’adosser un jugement moral à la comédie politicienne. Il ne s’agit pas non plus de convaincre autrui de l’existence urbi et orbi de cette très véridique Geste mensongère et de l’hypocrisie qui ne veut rien en dire. Il s’agit simplement de bouder cet ennuyeux spectacle des affaires publiques.

La politique – avant d’avorter et de menacer l’ensemble de la société civile – portait un germe riche de possibilités. Un de ces énormes bourgeons de Marronniers, luisant et ruisselant de sève, prêt à éclater au premier coup de soleil. Pourtant, rien n’a encore jailli de ce cœur de vie larvée. L’éclosion semble inhibé par on ne sait quelle force interne.
L’éclosion empêchée de tant de puissance accumulée illustre le caractère essentiellement « traditionnel » des sociétés humaines. L’homme politique, comme tous les hommes ici-bas, est le conservateur de sa propre nature, de son « espèce », pour ne pas dire de sa structure… Il est tout à fait disposé à sacrifier des perspectives d’évolution nébuleuses pour se maintenir éternellement dans une situation qu’il estime confortable. Il en va des partis politiques comme des individus les constituant : ils aiment l’immobilisme. Les mutations sociales de gauche auxquelles aspirent les réfractaires au conservatisme de droite sont par conséquent improbables. Même les présumés détracteurs de cet immobilisme – si vindicatifs soient-ils – feront subitement bloc pour maintenir le statu quo si une réelle nouveauté - et son inévitable cortège d’étrangetés - venait à réveiller le plus vigilant de tous nos instincts : l’instinct de conservation. Il faut admettre que sans cette assurance vie, aucune pérennité des espèces n’est plus envisageable. A n’en pas douter, cette force endogène qui nous pousse à conserver nos structures établies est un puissant inhibiteur du changement.

On se trouve, à ce jour, en situation de faire de l’Histoire au présent Les seuls progrès constatables...puisque la plupart des Sociétés du ponant n’ont pas varié d’un iota depuis les fameux évènements de 1968… Les seuls progrès constatables – on ne le répètera jamais trop – viennent des technologies et de leur montagne de machines qui n’enfante pas que des « souris »...
Le devenir révolutionnaire des sociétés les mieux équipées est désormais conduit par les sciences à portée pratiques – les technosciences. Pour le reste, tout n’est qu’usure précipitée des idées subversives, exhumation compulsive des vieilleries révolutionnaires remises en circulation sous le signe de la nouveauté : « l’alter » est à la mode et se décline à toutes les sauces pendant que l’altérité connait une décroissance sans précédent. Par conséquent, ce qui est réellement révolutionnaire pour un adolescent du XXIème siècle, c’est de parvenir à comprendre qu’il vit dans un monde fossilisé ; que rien de neuf ne lui parviendra de ce monde, à moins d’acheter la configuration informatique dernier cri…

Les réformistes de la dernière heure, qui ont parfois commencé leur carrière comme révolutionnaires, connaissent bien la chanson : il faut se mettre en mouvement pour faire bouger les choses... Unions par ci, partis par là ; forums et débats naissent et meurent dans le mouvement accéléré de leur mise au compost. Les péroraisons se suivent et connaissent le destin des plantes annuelles que l’on ressème à l’identique d’une année sur l’autre. La contestation conteste et l’objection connait une croissance à deux chiffres... Le public, qui n’a plus d’autres chats à fouetter, consent à les écouter de temps en temps, pour rire un peu et souvent pour pleurer. D’autres, plus rares, baillent d’ennui. Il faut dire que si un autre monde est possible, cet étalage d’idéaux de ronds de cuir ne l’annonce pas poétique. Que ce soit en politique, en économie et désormais en écologie, une même volonté de réglementer ou de réguler le système s’affirme. Et de même que le dit système n’a pas d’autre finalités que son propre maintien, ces féodalités militantes attendent leur contrat d’insertion...
l’État et l’entreprise peuvent être rassurés : le mouvement social, son oligarchie interprofessionnelle et ses corporatismes tribaux contrarient certes l’implacable « modernisation » de l’économie, mais uniquement pour la sauver de ses propres errements...

Il reste à poser une dernière question : puisque rien de neuf ne surgira spontanément du sein des sociétés humaines, ne faut-il pas tourner son regard vers l’horizon ? Quelle pourrait être la force exogène, la force dionysiaque qui lancera le prochain assaut contre les collabos du statu quo ? A quels profonds bouleversements serons-nous confrontés lorsque « l’En-dehors » lancera sur nos Cités tétanisées ses cohortes assassines ?


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette