La conscience planétaire
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Adresse à la fausse avant-garde sur la poussière qui s’accumule [2].

La redondance existentielle.

4 juillet 2008, par By JIM

Si le capitalisme n’était qu’un moulin à vent, il suffirait que Don Quichotte arrête de brasser de l’air en vaines batailles pour qu’il cesse de tourner. Voit-on quelles nouvelles formes de boycott pourraient susciter un tel axiome ?

(Question pour un champion.)


Chers amis de la défense des travailleurs, vos ennemis ont obtenu leur victoire sur votre dos. Désormais vous êtes de l’arrière garde et votre lutte se résume à trouver la sortie des marécages. Ceux qui forment à présent l’avant-garde se gaussent de vos théories depuis qu’ils les ont débarrassé de leurs scories romantiques pour les mettre en pratique. Ils tiennent maintenant le monde pendant que vous pataugez dans la boue de votre passéisme. Il ne vous reste plus qu’à éternuer entre deux rouspétances tellement la poussière s’est accumulé sur vos « invariants »...

Pourquoi donc vos luttes sociales échouent-elles avec une telle constance (sauf cas contingents) ? Même les syndicats les plus combatifs ne parviennent plus à freiner les mutations dévastatrices du capitalisme. Faut-il s’en étonner ? Vous autres aboyeurs êtes dans l’impossibilité de vous renouveler. Qu’avez-vous à proposer sinon la reconduction du labeur ou le retour de la société du plein emploi ? Le trompeur sentiment du progrès, hérité du XIXe siècle vous mobilise et vous immobilise toujours autant. Les plus orthodoxes veulent encore croire que leur monde foncièrement régressif connaîtra le changement et renouera avec la croissance. A moins qu’ils n’espèrent l’émancipation des travailleurs ou la grève générale. D’autres, plus éveillés aux modes, spéculent sur les « alternatives » et suivent des courants aux eaux moins stagnantes : le développement durable, L'arrière garde comme la fausse avant-gardele commerce équitable ou l’économie sociale et solidaire se disputent la première place du podium dans vos débats rassis. Quels fabuleux gisements d’emplois pour une civilisation qui se cherche un sursis rentable...
L’arrière garde comme la fausse avant-garde ne voit plus le champ de sa bataille : un monde gris, vétuste, vraiment trop vermoulue, tout entier sacrifié à Il est temps de se mettre en vacances...l’ennui et à ses consolations plus ennuyeuses encore. Qu’ils disparaissent avec leurs démocraties prochainement renversées par la frustration des peuples. Qu’ils s’éteignent avec leurs luttes et leur mentalité de besogneux. Il est temps de se mettre en vacances !

Rien que la question du travail provoque d’énormes courants d’air. Trouver un emploi est maintenant assimilé à l’obtention d’une ressource lors même qu’il n’était qu’un instrument voué à cette fin. La concurrence est si féroce pour se l’approprier que le travail est plus précieux que son résultat : les moyens de la subsistance sont plus importants que la subsistance elle-même. Il se peut que le phénomène du travailleur pauvre trouve dans cette dérive un début d’explication. Mais il existe encore une autre explication à son émergence : le travailleur pauvre signe le retour de l’esclave en tant que moine-soldat. Hier, l’esclave des pyramides et des cathédrales... De nos jours, L’esclave des fourmilières, qui embrasse les lois divines de toutes origines et s’accroche de ses dernières forces à l’utilité de son néant de labeur. Bien sûr, ceci s’entend pour les pays riches où le mythe de l’utilité sociale du travail parvient encore à occasionner quelques dommages dans les esprits. Ailleurs, la pauvreté étant la règle, la foi de l’estomac suffit bien…

Votre monde du travail concret nous est comme une provocation. La vie circulaire y est la règle et cette vie, non contente de tourner en rond, ne tourne pas rond.
Prenez donc cette idée marxiste d’un homme contraint de produire sa vie entre deux ressourcements rousseauistes dans le monde-nature. On est en présence de deux hommes pour le prix d’un seul : le premier consume la terre pour maintenir l’emploi quand le second considère que le monde est son terrain de jeux et lui appartient. Mais pour ce dernier, le jeu n’est plus « l’art de prendre au sérieux des activités sans utilité qui ne font référence à rien d’autre qu’elles-mêmes » [1]. À l’age de l’économie-monde, le jeu est devenu un service qui a fait du loisir un travail comme les autres. Sous l’impulsion de cet homme dédoublé, voit-on comment les modestes terrains de jeux d’antan ont été redimensionnés pour accueillir une clientèle toujours plus importante : des sites d’escalades du Verdon aux spots de Biarritz, les loisirs se déploient dans un décor « grandeur nature ». La préservation des derniers lambeaux de nature doit ainsi être une affaire rentable. Ses beaux restes sont mis à contribution dans les centres de remise en forme de la société du salariat. Et puisque les membres exténués de cette société n’ont plus la force de changer les règles de leur jeu - et s’ils répugnent à quitter la partie les deux pieds devant - ils peuvent au moins décompresser en balnéo ou faire une pause en thalasso...

Le système français de gestion du marché du travail est malthusien : il ne veut plus de ses esclaves dès lors qu’ils atteignent l’âge fatidique des 55 ans. C’est bien dommage… Pourquoi ne pas les laisser travailler jusqu’à leur mort s’ils en ont tellement envie. Ils ont l’amour du ratage, celui de la panade aussi. Ils sont mués par la culture de l’échec ou – ce qui revient au même – par ce goût maladif de la réussite sociale. Nous leur laissons la place bien volontiers. Du moment qu’ils nous payent pour n’avoir pas de travail…
D’un autre côté, ils soutiennent et engraissent une idéologie de la destruction du monde-nature. Leur mise au rebut serait alors une aubaine si 7 milliards de becs ne se dressaient hors du nid planétaire - avides jusqu’au tremblement - pour réclamer aussi leurs parts du butin. Est-il encore possible de quitter la partie pour une autre vie ? Ou bien faut-il se laisser porter par le scénario qui nous jette en bêlant vers l’abattoir ? Qui renâcle à suivre les bêtes de salaire parvient un instant à ralentir le pas. C’est alors qu’il aperçoit le portail qui marque l’entrée de l’abattoir : au fronton de la Gueule ouverte est inscrit « game over ! »

« Tous les humains sont soumis à ce devoir social, à cette activité d’une nature entièrement marchande, qu’ils soient fonctionnaires, salariés, patrons, commerçants de proximité, « paysans » de la Conf ’, donneurs d’ordres, rentiers, agriculteurs bio, qu’ils soient riches ou pauvres. » (Sortir de l’économie n° 2) Les alternatives ne font pas exceptions. Et Leurs porteurs de projets travaillent comme si de rien n’était, s’activant de façon positive et constructive pour maintenir l’équilibre de ce château de cartes. Mais leur profession de foi importe peu et ce monde n’en a cure car il ne fera pas le tri au moment où il entamera son processus de guérison. Que vont-ils donc imaginer ? Qu’ils accumuleront un succès d’estime qui les placerait à la droite de dieu au moment d’un jugement qui serait enfin le dernier ? A moins que pragmatiquement, ils n’accumulent des savoirs-faire qui les aideront à survivre à l’après… Risible ! Ils se pensent probablement dans les petits papiers de la grande primitive parce qu’ils décroissent, « permacultivent », construisent en paille enduite ou « compensent carbone » le moindre de leurs déplacements. La planète ignore l’éthique et les concepts de justice ou de responsabilité. N’importe quel pourri pourrait survivre aux désastres qui s’annoncent tandis que l’enfant de cœur crèverait dans le ruisseau souillé par le pourri précité… Gardons le cœur sur terre pour qu’au départ d’une activité, quelle qu’en soit la forme, ce soit l’amour de cette grande et primitive planète qui commande nos gestes. Tout le reste n’est que fanfaronnades et aimables décorations de leur néant fait monde. L’amour de cette Terre devrait urgemment diriger nos pensées comme nos actes puisque tout ce qui a trait aujourd’hui à l’économie, quoique qu’on en dise, renvoie immanquablement à la haine séculaire de la nature (comme on aime si bien la prénommer). Une haine qui conduit à une séquence assez classique chez les tueurs en série : le viol et puis le meurtre...

En attendant, le stock de tripaliums se raréfie objectivement. Mais pas le désir de s’en emparer pour fourrager dans les mortes eaux des bassins d’emplois. Et si l’offre n’est pas au rendez-vous, pourquoi ne pas la créer ? C’est ce que des ouvriers argentins ont fait en se réappropriant leur usine. « Usines récupérées, usines autogérées »... La fredaine s’échappe comme une fumerole de la Forja San Martin qui se consacre à la fabrication... « des pièces détachées pour automobiles ». Il ne leur reste plus qu’à recruter ceux qui lacèreront la terre argentine d’autoroutes.

L’autogestion pourrait bien devenir la mascotte d’un monde du travail aux abois. Son ordre se délabrant dans la mesure où le ciment de l’emploi se raréfie, sa rénovation passe par le « self serf visse »... S’auto-exploiter et s’organiser collectivement pour y parvenir, quelle aubaine pour ceux qui ne savaient plus quoi faire de leurs deux mains surnuméraires… L’autogestion leur est comme une noblesse de promotion, métamorphosant les anciens vaincus qu’ils étaient en aristocrates du travail concret. Ils permettent à leur monde en guenilles de s’habiller de neuf et de survivre à ses propres contradictions en venant opportunément les résoudre par le recyclage des vieux habits de l’activité manufacturière. A cause de cette arrière-garde d’obsédés, l’agonie du travail est renvoyée aux calendes grecques. Serons-nous même encore de ce monde pour nous rendre au chevet des sordidæ artes et nous réjouir de les voir crever ?

Notes

[1] La culture du narcissisme. Christopher Lasch.


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