La conscience planétaire
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Totalitarisme ou barbarie ( ?)

Bouffées délirantes...

6 juillet 2008, par By JIM

« Le complotisme ou conspirationnisme (la théorie du complot, conspiracy theory) est la vision du monde dominée par la croyance que tous les événements, dans le monde humain, sont voulus, réalisés comme des projets et que, en tant que tels, ils révèlent des intentions cachées – cachées parce que mauvaises. Les adeptes de la théorie du complot croient que le cours de l’Histoire ou le fonctionnement des sociétés s’expliquent par la réalisation d’un projet concerté secrètement, par un petit groupe d’hommes puissants et sans scrupule (une super-élite internationale), en vue de conquérir un ou plusieurs pays, de dominer ou d’exploiter tel ou tel peuple, d’asseoir ou d’exterminer les représentants d’une civilisation. »

(Pièces et Main d’Oeuvre)

« On pourrait définir la civilisation comme un mode de vie qui débute par la production de masse de légumes pour favoriser l’accroissement de la population et qui finit par une population de légumes. »

(Les Ecoles de Co-Evolution)


I - Le XXIe siècle pourrait bien virer au totalitarisme… Dans le cas contraire, on le voit mal écologique. S’il ne s’agissait que de survivre, l’homme pourrait surement se passer de beaucoup de choses. Mais c’est un fait que pour une partie de l’humanité, la création, la beauté, la vie riche sont plus importantes que la simple survie. Car, pour cette « aristocratie », il ne suffit plus que la vraie vie soit ailleurs, encore faut-il qu’elle demeure quelque part…
Dès lors, pour répondre efficacement et dans l’urgence aux dangers d’appauvrissement de la vie que nous fait courir l’économie-monde, il faudra bientôt envisager l’instauration progressive de ce gouvernement mondiale que les humanistes les plus illuminés appellent de leurs vœux. Mais compte tenu de l’ampleur des ressources que nécessiterait la direction dictatoriale de milliards d’individus, ce totalitarisme écologique mondialisé ne prendra pas la forme classique du monolithe impérial. Les temps ont en effet bien changé depuis notre entrée dans l’ère post-industrielle : les totalitarismes rustiques et leur cortège d’oppressions sont révolus... Toutefois, si l’on considère la probable dotation technologique dont disposera ce TEM, une oppression autrement plus efficace n’est pas à exclure...

II - Quoiqu’elle soit imprédictible, sa forme définitive n’en sera pas moins expurgée de sa gentillette « démocrature » ; ce qui ne l’empêchera pas d’arborer éventuellement un masque souriant. Il faut pourtant comprendre que le maintien apparent de la sacro-sainte liberté de s’exprimer, par exemple, n’est pas le meilleur indicateur pour évaluer le degré d’avancement d’un système totalitaire... Et ce ne sont pas les bouffonneries creuses des politicards du moment, ni les tergiversations de leurs électeurs à demi rentiers qui vont ajourner ce rendez-vous. Leurs propos de sédentaires de l’esprit sont empreints d’un tel conformisme qu’on devrait renoncer à les consulter sur le sujet. Ils pensent encore sauver leur monde délabré avec une croissance soutenable ou un altermondialisme, « nourrissant l’illusion que le système pourrait continuer à agoniser éternellement. »

III - « L’organisation répressive de la liberté » semble tenir lieu de modèle indépassable depuis les premiers balbutiements des civilisations. C’est encore aujourd’hui ce que pensent les propriétaires du monde, qui consentent parfois à lui apporter quelques aménagements, admettant par là que de notables insuffisances demeurent. Parmi toutes les améliorations envisagées pour cette organisation répressive, il en est une qui favorise depuis quelques décennies déjà l’ancrage et la stabilité du modèle qu’elle soutend : son expansion universelle. Qu’on le baptise Nouvel Ordre Mondial (NOM) ou plus synthétiquement Mondialisation relève de l’accessoire. "Le scénario le plus probable est hélas qu’une forme ou une autre d’écofascisme nous privera de la liberté au nom de la survie. [1]. Le principe est d’une simplicité enfantine : ce qui a fonctionné (jusqu’à récemment) pour l’économie et sa demi sœur la culture devrait donner de très bons résultats pour l’écologie politique et son demi frère le capitalisme vert. Donc, mondialisons et dominons pour ne pas disparaître...

IV - informer la population de cette indiscutable échéance ne devra pas former les esprits : il est indispensable que la vie qui va être faite aux hommes devienne aussi naturelle que les aliments frelatés qu’ils ont absorbé depuis des générations. Ils devront y souscrire délibérément par le biais des techniques bien rodées de manipulations mentales. Puisque nous avons atteint le stade de l’aliénation généralisée, il ne devrait pas être difficile d’obtenir un oui lors d’un quelconque référendum programmé longtemps à l’avance dans un numéro spécial de l’Officiel du Spectacle. Ils diront OUI à ce NOM, soit en raison de la peur induite par le désastre amorcé autant qu’annoncé - dont découlera un besoin naturel de sécurité - soit sous l’impulsion d’une volonté politique substantiellement autoritaire. Et probablement par les deux méthodes qui sont complémentaires…

V - Ce qu’imposera cette main qui a cédé le fer pour un alliage plus léger, qui le sait ? Un despotisme éclairé en matière d’écologie et de politique sociale ou un éco-fascisme high-tech ? A moins que ce ne soit un mélange raisonné des deux... Bien sûr, on serait en droit d’en attendre un progrès substantiel, mais alors en échange d’une soumission plus grande encore. A quelles règles ? Celles d’un Salut collectif ou bien celles qui ne serviront qu’une minorité friande de pouvoir ; une minorité comprenant tardivement qu’un monde stable est préférable pour asseoir confortablement son existence.

VI - On entend déjà hurler le politicien et s’exaspérer le capitaine d’industrie. Le premier invoque naïvement sa République périmée et l’autre, ses affaires polluantes que la République du premier blanchit. Il n’est pourtant pas déraisonnable d’y penser si l’on se réfère aux inévitables dommages collatéraux occasionnés par ce conflit universel. Il n’y a pas besoin d’avoir fait sciences po. pour savoir que les troubles planétaires prévisibles renverseront les gouvernements plus sûrement qu’un mouvement social de grande ampleur. Pas plus qu’il n’est indispensable d’être un économiste avisé pour estimer à la louche les coûts financiers induits par ces troubles. Ce qui se laisse par contre deviner sans diplômes supplémentaires, c’est que le chaos qui va déferler sur les civilisations grèvera autant le budget des États que celui des Entreprises...

VII - Et pourtant, personne ne veut en entendre parler. À la vue du cynisme contemporain qui tient le haut du pavé, on se prend à penser que rien ne changera si l’on se fonde sur le possible cumul des prises de conscience individuelles. Non seulement on ne tire rien d’un peuple qu’on ne lui ait imposé au préalable, mais les délais impartis sont trop courts pour attendre que l’opinion publique - malléable par nature - daignent s’imposer à elle-même la bonne marche à suivre tout en l’imposant aux dilapidateurs du monde.
En définitive, s’il arrive quelque chose, ce n’est pas l’opinion qui le fait arriver et s’il n’arrive rien, ce n’est pas elle l’artisan de cette immobilité fuyant vers sa fin... Ce n’est donc pas elle qui en dernière instance décidera, comme on a pu le remarquer en 2008 lors du retour sans encombres de l’interventionnisme d’état et de l’argent public au cœur même de l’ordre ultra-libéral...

VIII - Les sages de cet avenir redoutable - si l’on en trouve encore - nourriront forcément de grands desseins de reconquête à l’issue desquelles le monde s’appartiendra de nouveau. Un renversement des valeurs s’ensuivra tout naturellement.
Nous entrevoyons un exemple improbable mais comique : les orgueilleux conquistadors qui dirigent à présent cette armée de petites mains techniciennes, qu’ils ont lancé depuis déjà longtemps à l’assaut du monde-nature, se verraient destitués de leurs fonction. Néanmoins, en espaces impropres à la réhabilitation [1] signe de bonne volonté, il leur serait rétrocédé un certain nombre de déserts sans nature. On les parquerait dans ces réserves d’un genre nouveau, composées espaces impropres à la réhabilitation [2]d’espaces impropres à la réhabilitation, mais où ils se sentiraient comme chez eux. Sur ces territoires rendus inaliénables par traité et leur garantissant le respect de leurs droits coutumiers, ils auraient tout le loisir de continuer à vivre et penser comme des porcs

IX - Ce Totalitarisme de la dernière heure peut très bien être conduit par des hommes de goût, cultivés et parfaitement conscients des enjeux et des responsabilités qu’ils ont à assumer. Cette hypothèse est peut-être la manifestation d’un optimisme mal liquidé. Mais puisqu’il leur faudra partir d’eux-même et de la proche nécessité de protéger la pyramide dont ils tiennent le sommet, rien ne devrait a priori faire obstacle aux projets audacieux qu’ils élaboreront : une cybernétique musclée - quoique raffinée dans son art - n’est-elle pas préférable à la disparition pure et simple de l’ouvrage social et de ses architectes ? A cet endroit, la dialectique du maître et de l’esclave se révèle accessoire si on la mesure aux grands équilibres dont nous dépendons. Leur philosophie débarrassée des vieilles lunes hégélienne devra donc faire le ménage en politique... Mais parions qu’en échange, il y aura de nombreux postes vacants à pourvoir dans les institutions transfigurées de ce Nouvel Ordre Mondial...
Outre cela, « faire outrage à la terre est maintenant ce qu’il y a de plus redoutable », comme d’accorder plus d’attention aux marchés chinois et indien qu’au sens de la terre. L’économie-monde devra donc revoir sa copie et dépoussiérer ses paradigmes. Par exemple, avant de vouloir commercer avec les « économies émergées », il faudrait veiller à ce que les terres le restent aussi pour s’éviter un naufrage commercial...

X - Rendre à la vie réelle ses lettres de noblesse et son caractère passionnant ne peut pas être envisagé sans le sacrifice préalable de l’ordre ancien. Qu’une nouvelle réalité en impose en digne successeur de l’ancienne, c’est ce que nous avons toujours appelé une révolution. Et l’acte fondateur de cette révolution, comme de toutes celles qui ont émaillé l’histoire des hommes, sera de faire une omelette. Mais une omelette de dimension planétaire qui nécessitera... de casser beaucoup d’œufs.

XI - En ce qui concerne l’atrophie psychique des masses postmodernes à l’opinion si volatile (la très classique aliénation des marxistes jusqu’à Marcuse), elle pourrait être retournée en avantage dans une telle perspective. Rien n’interdit de mettre l’homme nivelé ou l’homme unidimensionnel au service d’une administration mondialisée du « monde civilisé », mise à son tour au service de la planète… En somme, il s’agirait de transposer dans le gouvernement des sociétés ce que la vie si inventive a déjà crée : des automatismes tels que ceux qui, par exemple, libèrent la vigilance de certaines nécessités comme la digestion ou la respiration seraient ainsi introduit dans tout les processus de cette administration. Il existe tant d’hommes qui vivent déjà par automatismes, sans se poser d’autres problèmes que celui de « fonctionner » convenablement. Toute cette partie de l’humanité pourrait être enrôlée dans un énorme rouage composé de pièces toujours plus petites, s’activant de manières synchrones et rendant superflus tous les hommes qui commandent et dominent habituellement. Et ces derniers, non content de délaisser un peu les commandes - et s’ils ont une âme d’artiste - pourraient s’appuyer sur cette machinerie cybernétique pour restaurer l’existence dans ses droits et renouer enfin avec la somptuosité qui la caractérise...

Notes

[1] « L’impensable des crises » par Jean-Pierre Dupuy. Cette petite phrase glanée sur Internet est désormais d’une grande banalité. Il y a 10 ans de cela, lorsque je comparais le gouvernement français et sa bureaucratie au gouvernement de Vichy, on me regardait avec des yeux ronds en stigmatisant mes excès de langage. (Excès dont, par ailleurs, je suis coutumier.) Désormais, cette profitable analogie fait partie des platitudes dont se gargarisent un nombre grandissant de demi intellectuels et autres blogueurs en mal d’originalité pour panser les plaies de leur impuissance. Je crois d’ailleurs qu’une partie de ce propos, venue tard, ira aussi rejoindre le contingent des insipides évidences..."

1 Message

  • Totalitarisme ou barbarie ( ?)

    21 février 2010 18:53, par JIM

    Thomas L. Friedman, dans son nouveau livre publié cette année : « La Terre perd la boule (trop chaude, trop plate, trop peuplée) », illustre parfaitement mon propos. On ne pouvait rêver mieux... Et encore, il ne s’agit là que d’un scénario de « dictature éclairée ». On se trouve encore bien loin de mon hypothèse totalitaire. Mais il faut parfois commencer modestement pour parvenir au sommet du pouvoir. Si le passage qui suit avait un seul mérite, ce serait celui de contextualiser mes quelques généralités...

    "Si seulement l’Amérique pouvait être la Chine. Rien qu’une journée ! Les dirigeants chinois possèdent la faculté de couper court à tous les intérêts particuliers, à tous les obstacles bureaucratiques, à toutes les craintes de répercussions électorales, pour simplement décréter des changements radicaux dans les prix, les règlements, les normes, l’éducation et l’infrastructure. C’est un atout de poids quand il s’agit de réaliser un changement aussi considérable qu’une révolution verte, où vous êtes confrontés à des intérêts acquis, enracinés, grassement financés et fortement retranchés, où vous devez motiver des opinions publiques pour qu’elles acceptent des sacrifices (p.442).

    Un matin de fin 2007, les commerçants chinois se sont réveillés en apprenant que le Conseil d’État venait d’annoncer que tous les supermarchés, toutes les boutiques, auraient interdiction de distribuer gratuitement des sacs en plastique. Et le tour était joué. L’Amérique a entamé en 1973 une procédure de retrait des carburants comportant du plomb, et ce n’est qu’en 1995 que l’on n’a plus vendu sur le sol américain que de l’essence sans plomb. La Chine a décidé d’adopter le sans-plomb en 1998 ; la nouvelle norme a été appliquée partiellement à Pékin en 1999, et, dès 2000, toute l’essence vendue sur le territoire national était sans plomb (p.443).

    Une fois que ces directives auraient été décrétées du sommet, nous aurions surmonté le pire aspect de notre démocratie, l’incapacité de prendre des décisions majeures en temps de paix (p.444). Au lieu d’avoir une stratégie énergétique nationale, nous devons nous contenter de « la somme des lobbies ». C’est en effet le lobby le plus capable de lever le plus de fonds qui l’emporte. Autrement dit, la politique des groupes d’intérêt gouverne les priorités politiques, et pas l’inverse. Par exemple, en plein cœur de la campagne pour l’élection présidentielle américaine 2008, un groupe soutenu par l’industrie houillère mène une campagne de 35 millions de dollars. Ils cherchent à mobiliser l’opinion en faveur de l’électricité d’origine houillère et à renforcer l’opposition contre un texte législatif auquel travaille le Congrès, visant à ralentir le changement climatique (p.447)."


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