La conscience planétaire
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Idées en l’air.

16 décembre 2008, par By JIM


I - La survie est une forme de médecine qui s’ignore. N’importe quelle être vivant consacre une partie non négligeable de son temps à soigner les symptômes de la première des maladies incurables : la faim.

II - A partir d’un certain nombre de milliards d’hommes, « le taux de fécondité diminuant lorsque la densité augmente, l’agressivité se substituant avec le nombre à la sexualité… », le processus classique de régulation des espèces s’est mis lentement en branle pour nous conduire, au fil du temps, à l’invention de la contraception comme à la multiplication des conflits armés… Mais cela suffira-t-il à ramener cet immense cheptel humain en dessous de la barre fatidique du milliard d’individus ? A moins que la Terre, brillante chimiste, n’imagine une contraception autrement plus radicale... elles veulent occuper tout l'espace [1] elles veulent occuper tout l'espace [2]
Au passage, ce constat d’un envahissement inexorable de l’univers nous offre une hypothèse pour expliquer la vieille haine du foisonnement végétal. Parce qu’après tout, les plantes font la même chose : elles veulent occuper tout l’espace. Ce qui fait d’elles les concurrentes directes de l’espèce humaine.

III - La Terre dans la moindre de ses splendeurs compte autrement plus d’idées matérialisées que ce fâcheux épisode de son histoire qu’est l’humanité. Voilà pourquoi la formidable diversité des formes de vies non humaines donne à l’hypothétique extinction de l’espèce humaine toutes les allures d’un point de détail...

IV - S’il se pouvait imaginer un dialogue écologiquement utile, il tiendrait en 11 mots :

  • « Pitié ! ne tirez pas… je ne recommencerai plus à polluer… »
  • « Non !... »
    Voici pour le moins une manière rapide de liquider la question.

V - Le narcissisme de l’ère du vide équivaut à l’individualisme de l’époque précédente, le goût « politique » pour la liberté en moins.

VI - Le sédentaire qui se fait cultivateur proclame que la terre appartient à celui qui la travaille. Mais le nomade, surgissant des brûmes d’un lointain passé, s’exclame : « la terre n’est à personne ! Tous la parcourent, nuls ne demeurent. A quoi bon posséder ce que nous n’emporterons pas dans notre perpétuelle errance d’hommes libres ? »
Mais la politique de la clôture instauré par l’ennemi du mouvement qu’est le paysan a eu le dernier mot. L’appropriation privative a privé le nomade de son mode de vie en détruisant son monde. Nous ne pardonnerons jamais cela car nous sommes réveillés certaines nuits par l’arbre qui parle, hanté par sa présence. Nous, rejetons de ses entrailles ligneuses. Nous, enfants de l’arbre, nés dans la lenteur qui lui est propre. Et l’arbre nous demande à travers le bruissement de son feuillage : qu’êtes-vous devenus ? Est-ce ainsi que vous, mes enfants, vous vivez désormais ? Que pourrions-nous répondre au vénérable dont le feuillage vient pourtant caresser notre front tout en nous sussurant : « un jour ces temps reviendront... Mais ne faites plus rien pour eux car vous ne feriez que retarder ce retour. »
Et nous nous rendormons, heureux que la liberté nous soit encore accordé ; la liberté de ne rien faire d’autre que de vivre sur la terre.

VII - Si nous n’avions qu’un seul contentieux vis à vis de la « philosophie » du retour à la terre, que certains cénacles de la constellation décroissante revendiquent volontiers, c’est bien celui du localisme et de sa relocalisation de l’économie. Qui dit relocalisation de l’économie dit reterritorialisation de ses acteurs. Et c’est là que le bas nous blesse : l’auto-assignation au « local » (du domicile, du quartier, du lieu de vie, de la terre d’attache) et la redondance existentielle d’une vie de localier nous fâche définitivement avec la mentalité paysanne. Nous ne nous sentons d’attaches nulle-part (si ce n’est avec une femme dans chaque chaque lieu traversé), à moins de considérer que que notre port d’attache soit la Terre toute entière...

VIII - Nietzsche disait qu’il préférait être un bouffon qu’un saint. Et c’est bien logique car le bouffon lui au moins existe. Lui seul peut dire ce qu’il pense aux dieux car il dit toujours la vérité. Et il n’est pas un dieu qui ne soit insensible à la vérité de ses propos.

IX - Les esclaves sont si soumis et si craintifs que les maîtres ont de grandes difficultés à distinguer les limites à ne pas dépasser dans le cadre ordinaire de l’exploitation. Ils finissent inévitablement par les dépasser. Voilà pourquoi la notion de souffrance au travail (C. Desjours) a encore de beaux jours devant elle.
Pourtant l’expression « souffrance au travail » est d’une incroyable hypocrisie puisque le premier enfant venu ressent dans sa chair cette évidence que c’est le travail lui-même qui constitue une souffrance… Accoler souffrance et travail relève de la tautologie. On devrait donc dire (quoique là aussi, on retombe dans une répétition) « la souffrance du travail »…
Et ce n’est pas la peine de vouloir s’en tirer en travailler autrement Autant se casser un bras pour oublier une rage de dents... D’autant plus que « si donc on accepte la nature marchande de l’activité, en quoi finalement consiste le fait de vouloir “travailler autrement” ? »

X - L’obsolescence programmée introduite dans les machines de confort pour hâter leur renouvellement n’a pas que de mauvais côtés. Imaginez que les anciens frigidaires, dont le gaz étaient si nuisibles à la couche d’ozone, aient été garantis à vie...

XI - Nous sommes passés des années folles où l’on était assoiffé de distractions après les horreurs de la guerre aux années du Spectacle où l’on est assoiffé de distractions à cause des horreurs de la guerre...

XII - Les existences individuelles finissent toujours mal dans la consternante banalité du quotidien, enlisées dans les habitudes prises, les routines et finalement « l’usure du temps ». A quoi bon se formaliser à ce sujet : la vie sur terre tourne inévitablement en rond puisque la terre est ronde, charriant dans son cours les mêmes redites existentielles et les mêmes inanités de toujours. Le symbole bouddhiste de la roue de la Samsara avait stigmatisé en son temps ce retour éternel du même. Et c’est un fait que ce radotage existentielle sécrète une certaine lassitude dans une âme qui n’a pas su mourir pour mieux renaître et renouveler l’émerveillement de l’enfance, son regard printanier sur le monde. Naître et toujours renaître constituerait donc bien l’antidote à la lassitude qui guette les « vieilles âmes » chargées jusqu’à la gueule d’expériences et de souvenirs.

1 Message

  • Idées en l’air.

    21 février 2010 18:18, par rjolly

    Salut JIM,

    Une petite coquille dans une orthographe par ailleurs irréprochable (c’est agréable !) : IX Accolé souffrance et travail -> accoler. Une faute de sens dans la X : les frigos sont censés garder leur gaz à l’intérieur jusqu’au moment où ils rendent l’âme, qui lui pose problème... Amicalement


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