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Protection des forêts tropicales humides, le gouvernement français sèche

jeudi 7 avril 2005, par Sylvain Angerand


 

 



Un an après la communication en Conseil des Ministres d'un Plan d'action gouvernemental en faveur des forêts tropicales, le gouvernement français présente une « circulaire sur les achats publics de bois » qui, en faisant de l'écocertification une panacée, risque plutôt de contribuer à la disparition des forêts tropicales qu'à leur protection.

Portes ouvertes aux labels bidons sous le haut patronage du gouvernement français

Cette circulaire, en mettant sur le même niveau tous les certificats, ouvre la porte des marchés publics français à des bois issus du pillage des forêts tropicales. Le mécanisme est simple : il suffit pour les exploitants forestiers d'acheter un certificat ou d'en créer un, parfois avec la complicité de fonctionnaires corrompus, pour que le bois devienne miraculeusement issu d'une forêt gérée durablement .

En effet plutôt que de se hisser au niveau des exigences d'une certification comme le Forest Stewardship Council (FSC ou Conseil de bonne gestion forestière), certaines entreprises ont créé, en coulisse ou ouvertement, leur propre « écocertificat » (voir l'article "Certification de la déforestation : nos labels bidons s'exportent sous les tropiques".

Pourtant en 2002, le Président de la République et le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement avaient clairement fixé des exigences minimales en recommandant pour les achats publics de bois « la certification FSC ou équivalent ».

Extrait du Communiqué de Presse du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement (10/04/2002) - 53.2 ko
Extrait du Communiqué de Presse du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement (10/04/2002)

Extrait d'une lettre du Cabinet de la Présidence de la République adressée au WWF-France (23/06/2002) - 21.4 ko
Extrait d'une lettre du Cabinet de la Présidence de la République adressée au WWF-France (23/06/2002)

Mais sous la pression des lobbies industriels, les pouvoirs publics ont fait marche arrière et mis dans le même panier tous les certificats sans réellement les comparer. Déjà en 2004, lors de l'annonce surprise du Plan d'action en faveur des forêts tropicales, le gouvernement avait très fortement infléchi ses exigences en utilisant pour la première fois la notion de "bois écocertifié".

Extrait du Plan d'action du gouvernement en faveur des forêts tropicales (07/04/2004)t - 28.2 ko
Extrait du Plan d'action du gouvernement en faveur des forêts tropicales (07/04/2004)t

En 2005, lors de son discours d'ouverture à la Conférence Internationale sur la biodiversité à Paris, le Président de la République avait enfoncé le clou :

Extrait du discours prononcée par le Président de la République à l'ouverture de la conférence
Extrait du discours prononcée par le Président de la République à l'ouverture de la conférence "Biodiversité : science et gouvernance" (24/01/2005)

Pourtant depuis l'annonce du Plan d'action gouvernemental en faveur des forêts tropicales, les Amis de la Terre ont accentué leurs efforts au sein du Groupe National de Travail sur les Forêts Tropicales Humides et notamment dans le sous-groupe "marché" pour que la question de la certification soit débattue avant toute décision politique forte.

Pour les Amis de la Terre, il est essentiel d'analyser en profondeur et de comparer les différents labels pour écarter les certificats bidons. Cette étape est un préalable indispensable à la rédaction d'une circulaire censée aider les collectivités publiques à acheter du bois sans contribuer à la destruction des forêts tropicales.

Or nous avons été écartés, avec les autres associations de protection de l'environnement, du processus de rédaction de cette circulaire d'une importance capitale puisque les marchés publics représentent 25% de la consommation française de bois tropicaux.

Les conséquences d'une certification bidon : la révolte des Penan en Malaisie contre la destruction de leur forêt par une entreprise...écocertifiée

Ce revirement est d'autant plus grave qu'au moment où cette circulaire est annoncée en France des Penan du Sarawak (Malaisie), un des derniers peuples autochtones qui vivent de la forêt, protestent contre la destruction de leur habitat par une entreprise qui vient de recevoir un certificat d'exploitation durable.

Appuyés par le Bruno Manser Fund, une ONG suisse très active dans le domaine de la protection des forêts tropicales, les Penan ont adressé une lettre au président du Conseil malaisien de certification du bois MTCC (Malaysian Timber Certification Council) signée par 19 chefs et plus de 600 Penan sédentaires et semi-nomades de la région d'Ulu Baram (île de Bornéo) pour protester contre la certification de l'une des dernières zones de forêt primaire où ils vivent.

Cette certification, qui garantit une exploitation durable des forêts, n'est en aucune manière méritée par le groupe malaisien Samling, auquel le label a été délivré. En apposant l'empreinte de leur pouce au bas de la lettre, les Penan exigent l'annulation immédiate de la certification par le MTCC et la fin des destructions de forêt par la Samling.

Barrage d'une route par les Penans pour protester contre la destruction de leur forêt (crédit photo : Bruno Manser fund) - 65.4 ko
Barrage d'une route par les Penans pour protester contre la destruction de leur forêt (crédit photo : Bruno Manser fund)

« Avant que les sociétés d'exploitation du bois n'envahissent nos forêts et ne perturbent notre vie, nous avons vécu en paix. Beaucoup d'entre nous ont souffert […] : nos cours d'eau ont été pollués, nos lieux de culte saccagés et notre gibier délogé » écrit ainsi le chef Bilong Oyau.

Photo-satellite de la forêt écocertifiée : la zone claire correspond à la zone d'exploitation. (credit photographique : Bruno manser Fund / Geospace) - 79.2 ko
Photo-satellite de la forêt écocertifiée : la zone claire correspond à la zone d'exploitation. (credit photographique : Bruno manser Fund / Geospace)

Avec cette nouvelle circulaire qui met au même niveau des labels comme le FSC ou le PEFC (voir plus haut extrait du Plan d'action gouvernemental en faveur des forêts tropicales), ces bois exploités de façon désastreuses pourront être "blanchis" et devenir des bois issus d'une forêt gérée durablement. En effet, depuis 2002, le Pan European Forest Certification (Programme Européen de Certification forestière) a gardé le même sigle PEFC mais a changé de signification  : désormais, il signifie Programme for the Endorsement of Forest Certification schemes (Programme de Reconnaissance des Certifications Forestières).

Parmi les certifications devenues candidats à la reconnaissance, on trouve...le MTCC ! !

Liste des membres PEFC - 2.5 ko

Dans la liste des membres PEFC, disponible sur Internet en cliquant ici , on découvre en effet la certification malaisienne qui vient de labelliser "gestion forestière durable" la destruction de la forêt des Penan.

Vous pourrez donc bientôt vous asseoir sur un banc public issu du saccage des dernières forêts primaires de Bornéo, mais qui sera reconnu comme « écocertifié » par votre mairie ou votre Conseil général.

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site du Bruno manser Fund

Un Plan d'action en faveur des forêts tropicales qui manque d'ambition
.

Au delà de ses propres failles, cette circulaire peine à masquer le manque d'ambition voire les paradoxes de la France en matière de protection des forêts tropicales.

Encourager l'élevage bovin en Amérique du Sud, pourtant première cause de déforestation en Amazonie, ou encore soutenir financièrement (via l'aide publique au développement !) des exploitants forestiers français condamnés pour exploitation illégale, est en contradiction flagrante avec les discours écologistes des dirigeants français.

Pour en savoir plus sur les contradictions de la France en matière de protection des forêts tropicales et soutenir les 10 mesures que les Amis de la Terre proposent, vous pouvez cliquer ici

A l'occasion de l'anniversaire du (Plan d'action gouvernemental en faveur des forêts tropicales) et afin de rappeler la responsabilité française dans la disparition de ces écosystèmes, les Amis de la Terre ont donc décidé d'envoyer au Président de la République et au Premier ministre 10 mesures pour contribuer à sauver les forêts tropicales, ainsi qu'un dossier sur l'impact en Malaisie de l'exploitation « écocertifiée ».

Les Amis de la Terre espèrent que cela aidera à une prise en compte plus rigoureuse des critères environnementaux dans les décisions politiques, quand la France s'affiche comme chef de file de la protection de la biodiversité.


Documents à télécharger

  Sylvain Angerand
     Chargé de la campagne Forêts tropicales

 



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