Les matériaux au Moyen-Age
Les métiers du bois
La hache et la scie
Les bons arbres
Les mauvais arbres

LES BONS ET MAUVAIS ARBRES
Introduction à la symbolique médiévale du bois

Inspiré d´un article de Michel PASTOUREAU
in L´ARBRE - Histoire naturelle et symbolique du bois et du fruit au Moyen Age
Ed. Cahiers du Léopard D´or - 1993

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les matériaux au Moyen-Age

Villages au milieu de la forêt au Moyen AgeAux alentours de l´an mil, les hommes connaissaient trois matériaux :

La pierre
: Robuste, massive, la pierre est l´élément de prédilection pour la construction de forteresses et des cathédrales. Elle nous replonge dans la partie la plus primitive de notre mémoire collective. Mais si la pierre est résistante, elle n´en reste pas moins un minéral brut, arraché aux tréfonds de la Terre.
Le métal
: Symbole du mal, de la douleur. Le métal avilit tout ceux qui l´utilisent directement. C´est surtout le fer qui était considéré comme le plus pervers.
Le bois
: Le bois est un matériau vivant, contrairement à la pierre et au métal. L´arbre a grandi et possède des défauts, ce qui le rapproche de l´homme. Le bois a une prédominance indiscutable dans l´échelle des valeurs médiévales.

Dans la symbolique du Moyen Age, le bois a des effets bénéfiques : le manche de la hache réduit la nocivité du fer de la tête. De la même façon, cette opposition entre métal et bois se retrouve dans celle entre forgeron et charpentier. Le charpentier travaille un matériau noble et pur, le forgeron est une sorte de sorcier vivant dans les feux de l´Enfer (i.e. sa forge). Matériau découle d´ailleurs de materia qui désignait le bois d´œuvre, opposé à lignum, le bois de chauffe.



Les métiers du bois

Le bûcheron est le grand ennemi de la forêt, à la fois bourreau et boucher des arbres. Il est classiquement représenté comme une personne pauvre, voleuse et maraudeuse. De nombreux contes narrent l´histoire de ce bûcheron qui gagne l´estime du Roi par actes de bravoure.
Mais à jamais interdit d´ascension sociale, le charbonnier est un être encore plus honni. A la limite de l´animal, il brûle la forêt là où le bûcheron sue pour y abattre un arbre. On a pu ainsi calculer qu´une fosse charbonnière pouvait détruire jusqu´à 100 hectares de forêt en un mois.
Parfois ces deux personnages démoniaques retrouvent le forgeron qui vient chercher de quoi nourrir sa forge. Ces trois corporations avec le meunier (stockeur et affameur) et le boucher (riche et sanguinaire) forment le groupe des cinq métiers les plus craints et les plus honnis dans la culture paysanne.
Mais il ne faut pas non plus oublier que la paysannerie locale entretenait également des rapports étroits avec la forêt, bien que le développement de notre civilisation rurale se soit faite au détriment des forêts à travers la pression démographique exercée sur celles-ci. Les droits d´usage permettait d´associer les espaces boisées à l´économie rurale; notamment pour la production de l´indispensable fumure. Les droits d´essartage, d´affouage, de bois mort et de mort-bois, de marronnage, de pâturage et de cueillette inséraient, non sans conflits, la forêt dans les systèmes agraires.



La hache et la scie

La hache est à la fois un outil et une arme, mêlant ainsi deux systèmes de valeurs différents. En noblesse, la hache ne cède le pas qu´à l´épée et la lance, les deux armes offensives du chevalier, mais devance les armes des combattants à pied (couteaux, piques, massue, ...). C´est une arme-outil facile de fabrication, robuste et qui est depuis longtemps connue. Elle possède une symbolique positive dans l´esprit médiéval, car elle frappe et tranche en s´accompagnant de bruits et d´étincelles comme la foudre qui tombe (Phénomène météorologique fortement appréciée par les peuples indo-européens).
La scie, tout comme le rabot, a une connotation largement négative. Bien que connue depuis la préhistoire, elle reste dans la symbolique médiévale un outil démoniaque. Et bien que dès le XII° siècle, on trouve en Italie du Nord des scies hydrauliques capables de scier en long, jusqu´au XIV° siècle, de nombreux évêques menacent encore d´excommunication celui qui s´en servirait. Il est à noter que l´on retrouve fréquemment la scie comme instrument de torture des saints dans l´iconographie.
Les griefs contre la scie sont nombreux. Difficile d´emploi et à fabriquer, elle nécessite deux homme au lieu d´un pour couper un arbre. De plus son entretien est délicat et elle est difficile à réparer. Son utilisation, relativement silencieuse, permet de couper du bois en fraude, chose que l´on ne prenait pas à légère à cette époque.
Mais l´élément déterminant de sa symbolique négative réside dans le principe même de la scie. Elle attaque le bois par frottement, arrachant les fibres et favorisant l´entrée de pourritures. Elle est souvent comparée à la lime en tant qu´outils "féminins", qui comptent sur le temps et la patience pour parvenir à leurs fins.



Pour en savoir plus et aller voir ailleurs
L´histoire de la forêt et des hommes de Beaubray

Le métier de bûcheron vu par les yeux de l´innocence

Les bons arbres

Des deux essences les plus représentées en France, que sont le chêne et le hêtre, il n´est qu´à voir le nombre impressionnant de toponymes qu´elles ont engendrées pour s´assurer de la large approbation dont elles avaient droit de la part du public. Le chêne (Quercus robur et petrae surtout) est l´arbre gaulois de référence et tout comme le hêtre (Fagus sylvatica), il fournissait une part importante de l´alimentation des animaux.
La châtaignier (Castanea sativa), bien qu´envahissant, avait également la faveur des paysans pour ses fruits si précieux en Automne. Mais l´arbre bénéfique par excellence est incontestablement le tilleul (Tilia cordata). Utilisé dans la pharmacopée pour ses vertus sédatives, on le trouve près des hôpitaux et des maladreries. Le miel issu de ses fleurs passe également pour avoir des vertus bénéfiques sur la santé. On le trouve également près des églises et l´on rend la justice sous ses frondaisons (rôle qu´il partage avec le chêne et l´orme (Ulmus campestris). Son bois est également très apprécié des sculpteurs et des boisseliers pour son grain fin et uniforme.
Le frêne (Fraxinus excelsior), arbre adoré des germains est également un arbre apprécié pour la qualité de son bois. Peut-être peut-on voir dans sa réputation de médiateur entre ciel et terre la raison de son utilisation pour la fabrication d´armes (javelots, lances, flèches).
Enfin le bouleau (Betulus alba), arbre blanc, symbolise le bien et est ainsi utilisé dans la fabrication des verges qui servent à flageller les possédés et les délinquants pour en expulser le mal.



Les mauvais arbres

L´if (Taxus baccata), arbre que l´on rencontre fréquemment dans les cimetières était facilement associé à la mort dans la symbolique moyenâgeuse. Sa toxicité est largement vilipendé par les auteurs de toute époque. Il est néanmoins intéressant de constater que son bois, souple et résistant était employé pour la fabrication d´arcs et de flèches. M. Pastoureau se pose ici la question de savoir si cette utilisation était uniquement la conséquence de ses qualités technologiques ou également de sa réputation morbide et toxique.
Le noyer (Juglans regia) figure aussi au nombre des grands réprouvés essentiellement pour sa capacité à inhiber la flore qui pourrait entrer en compétition avec lui. D´où la fameuse superstition qui incite à ne pas dormir sous un noyer, sous peine de nausées, maux de tête et de risquer d´être visité par le Diable. En revanche, tous les produits du noyer (fruits, bois, écorce, feuilles) sont appréciés à juste titre du monde médiéval.
L´aulne (Alnus glutinosa) est également un arbre craint. Il pousse dans les marigots, ses feuilles restent vertes jusqu´à leur chute et il brûle sans fumée. De plus c´est une essence qui "saigne", son bois jaune devenant rouge lorsqu´il est exposé à l´air. Il n´en faut pas plus pour en faire un arbre diabolique ayant partie liée avec les puissances infernales.

Pour en savoir plus et aller voir ailleurs
Étude comparative de la représentation symbolique des arbres et de la forêt par quelques populations indigènes
Symbolique de certaines essences africaines, notamment dans l'Islam