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Quotidien Anarchiste en ligne


Histoire de l’écologie radicale dans la modernité

Lu sur Liberterre :

1. Introduction :

1.1C’est arrivé près de chez vous1


22 mars 2004, huit heures du matin. Sept activistes, dont deux femmes, arrivent à la course aux bureaux de circonscription de Paul Martin, Premier Ministre du Canada, au 7731 rue Newman, dans le sud-ouest de la ville de Montréal. Pénétrant dans les locaux, les activistes demandent aux quelques employés de sortir des bureaux. Ils annoncent que ceci est une occupation.

Les employés sortit, les activistes s’attachent à l’intérieur des trois portes par des cadenas qui sont reliés autour de leur coup. À la vitrine du bureau, une bannière est accrochée. On peut y lire « Earthfirst ! » et une liste de revendications. On demande une étude d’impact environnementale sur le projet d’incinérateur de déchets toxiques de Bennet Environnemental au Nouveau Brunswick.

Les heures filent et une manifestation d’appui vient rejoindre. Vers 14 :00, il y a une vingtaine de manifestants et une trentaine d’auto patrouilles dans le stationnement devant le bureau. La police ne peut pas entrer dans les locaux puisque cela étranglerait les activistes cadenassés à l’intérieur. Un à un les médias arrivent, et le siège s’entame. Un campement de fortune s’installe devant les bureaux tandis qu’une poignée d’activistes sont résolus à passer la nuit sur le site, en solidarité.

Vers 4 :00 du matin, le lendemain, la police défonce un mur adjacent et pénètre pour procéder à l’arrestation, mais les activistes prétendent avoir égaré les clefs. Le temps de scier les cadenas jusqu’à 9 :00, les arrêtés sont alors accusés et relâchés sur place, quelques peu euphoriques de ne pas être en prison, et vont rejoindre leurs camarades dans le stationnement. Le premier leur dit : « les clefs sont restées dans le sucrier ! ». 2


    1. Préface à l’écocide


En 1962, le Silent Spring de Rachel Carson constitua un appel d’alarme amorçant tout un mouvement d’activisme écologique dont la pratique refléta souvent, que ce soit dans les écrits ou dans les médias, la détresse émotionnelle qui l’avait suscité : une démarche radicale, étiquetée d’extrémiste.

Trente ans après Silent Spring, le 18 novembre 1992, cinq mois après le Sommet de la Terre de Rio, 1600 scientifiques provenant de 71 pays, constituant la majorité des prix Nobel, signèrent un document intitulé le World Scientists’ Warning to Humanity 3 : un avertissement alarmant qui comportait notamment les paroles suivantes :


« Il ne reste plus qu’une décennie, ou quelques unes, avant que ne soit gaspillé cette chance de conjurer les menaces que nous affrontons et que ne soient infiniment rétrécies les perspectives d’avenir pour l’humanité. […] Un grand coup de barre s’impose dans notre intendance de la Terre et de la vie qu’elle abrite pour éviter une immense souffrance à l’humanité et une mutilation irrémédiable à notre habitat global sur cette planète. […] Ce niveau de consensus est vraiment sans précédent. Au sein de la communauté scientifique, on s’entend dans une proportion exceptionnelle pour dire que les systèmes naturels ne peuvent plus désormais absorber la pression des pratiques humaines actuelles. » 4


Onze ans plus tard, en 2003, un développement résidentiel était brûlé dans le plus grand coup d’écoterrorisme Américain pour un somme totale de cinquante millions de dollars américains. 5 L’action directe écologique étant depuis longtemps considérée comme du terrorisme aux États-Unis, l’urgence de la préservation se fait sentir autant que le prix à payer pour l’action s’élève. 6

Mais entre livre, coalition scientifique, occupation pacifique et attaque incendière, y’a-t-il un cheminement historique ? Quels liens sont à faire, et surtout, à quel moment est-ce qu’une branche de l’écologie est-elle devenue radicale ? Qu’en est-il de nos jours ? Là est l’objet de cette analyse : retracer l’histoire de l’écologie radicale dans la modernité.


    1. Concepts et difficultés


Tout d’abord, qu’est-ce qui est entendu par le terme « écologie radicale »?

D’abord, on peut désigner l’écologie comme étant une branche de la biologie – science qui étudie la vie sous tous ses aspects – qui étudie les rapports entre les organismes et leur environnement, ou habitat.7 D’autre part, le radicalisme peut être analysé dans sa nature étymologique, découlant du grec radix qui signifie racine. Une optique radicale, en ce sens, irait aux racines. Le terme radical revêt alors une certaine qualité objective ou technique puisqu’elle fait référence à une démarche cohérente. L’extrémisme, par contre, ne peut être confondu avec le radicalisme, puisqu’il s’agit là d’un qualificatif dont la valeur dépend entièrement de la personne qui recours à son usage.

On peut alors admettre que l’écologie radicale, quoiqu’elle prenne plusieurs formes dans la pratique, tente à expliciter une thèse d’équilibre naturel entre les diverses formes de vie de la biosphère qui remette en question les fondements même du système organisationnel humain, dans sa pratique et dans son discours.8 L’écologie radicale se caractérise donc par son action, de la manifestation publique au sabotage industriel, autant que par sa théorie, des schèmes d’écologie sociale au primitivisme.

Ensuite, il faut préciser que la présente étude est vouée à un sujet condamné par la loi, l’action directe étant intrinsèque à l’écologie radicale. L’aspect criminel du mouvement a réduit la presque totalité de ses documents et archives à l’anonymat, et lorsqu’on tente d’étudier directement les textes des écologistes radicaux et non ce que des spécialistes ont eut à dire à leur sujet (afin de conserver une authenticité historique) il faut admettre une certaine latitude dans la validité des textes, ne serait-ce que dans la période la plus récente de l’écologie radicale.

2. Colonisation et la révolte autochtone


Le mode de vie des populations primitives ou autochtones a été une grande source d’inspiration pour les écologistes radicaux, notamment dans leur rapport avec le temps, le mode de prise de décision et leur apparente symbiose avec la terre. 9 La critique anti-civilisationnelle a construit beaucoup de son discours à partir de cette période, notamment à travers l’œuvre de l’anthropologue Pierre Clastres. On peut alors tenter de comprendre comment se rattache l’écologie radiale à la révolte autochtone.


2.1 Lutte armée


Colonisation est synonyme de conquête. Les indigènes d’Amérique furent confrontés à l’invasion sous sa première forme lorsque Colomb débarqua avec les siens dans l’espoir de découvrir « des richesses sur des terres étrangères, et de s’en emparer par tous les moyens possibles afin de faire fortune et d’enrichir ceux qui avaient financé son entreprise. » 10

L’histoire de la colonisation des Indiens par les Blancs est criblée d’événements tragiques. Vers la fin des années 1600, l’incendie des wigwams Pequots par les puritains pendant leur sommeil 11 est un bon exemple, où hommes, femmes et enfants furent brûlés vifs durant leur sommeil et fusillés à bout portant. Un nombre incalculable de tribus furent exterminés jusqu’à ce jour, comme le rapporte Guerin : « avant 1492, [la population autochtone] varie entre 70 à 100 millions de personnes, ce qui consistait à 3 à 4 fois plus élevées que la population européenne. Aujourd’hui [500 ans plus tard], elles comptent environ 40 millions de personnes à travers les Amériques. » 12

Face à l’ethnocide, le peuple autochtone entama une longue et coûteuse rébellion. Les révoltes contre la domination furent fréquentes dans l’Amérique espagnole.13 Certaines victoires ont été réalisées, pour ensuite se sceller avec des défaites plus grandes encore, notamment dans le cas de King Philip des Wampanoags qui réussit à rallier plusieurs tribus dans la révolte : « en 1672, [il] détruisit douze villages, après quoi les Wampanoags furent exterminés. »14

Le dernier épisode de révolte armée eut lieu en 1870 avec Louis Riel.

« Les Métis – descendants de colons français et écossais et les Cris – ont monté une résistance au Manitoba. […] Après 15 ans, les Métis et les Cris ont une fois de plus propagé la résistance armée contre la colonisation. Cette guérilla aura une fin avec la défaite de ces derniers. La résistance des Métis et des Cris en 1885 était le chapitre final de la résistance armée au Canada au 19e siècle. » 15


2.2 Valeurs écologistes


Il faut comprendre que la culture autochtone et sa religion animiste sont entrés en conflit avec celle des européens non seulement sur une question de territoire, mais aussi sur la perception de ce territoire. Là où les autochtones ne reconnaissaient pas de propriété, les européens sont venu avec leur concepts d’agriculture et d’exploitation intensive. 16 On peut déceler dans les témoignages et les études du peuple Indien une préoccupation pour l’équilibre naturel à caractère écologique. Tel que cité par David Watson :

« ‘The White people never cared for the land or deer or bear,’ says an old holy Wintu woman. ‘The White people plow up the ground, pull down the trees, kill everything. The tree says, ‘Don’t. I am sore. Don’t hurt me.’ But they chop it down and cut it up. The spirit of the land hates them… Everywhere the White man has touched, it is sore.’ » 17


Si on admet que les autochtones se révoltaient pour conserver leur culture, qui elle constituait une attention particulière pour une harmonie des humains avec la nature, on pourrait ainsi qualifier la révolte autochtone de premier acte d’écologie radicale.

3. Les luddites


Il faudra attendre la révolution industrielle pour voir apparaître d’autres révoltes organisées contre le système techno-industriel18. Partout en Europe l’intensification capitaliste des systèmes de production, notamment le textile, écrasent le prolétariat dans des conditions difficiles, ou plutôt, comme l’argumentaient les situationistes, aliénantes et donc contraires à la nature19. Certes, il y avait déjà en 1812 un tissus de mouvements sociaux important en Europe, mais jusque là les moyens de production n’avaient pas été remis en question en tant que tel. 20

Le mouvement luddite, nommé après le jeune Ned Ludd, a traversé l’Angleterre et subsisté en collectivités solidaires et secrètes, jusqu’en 1824, où la récupération du mouvement par les syndicats et la répression organisée y mette fin. Les luddites arrêtés étaient pendus21. Seulement, parce qu’il existe énormément de documentation à propos des luddites comparé à ce qui provient directement d’eux, qualifier ce mouvement de typiquement écologiste radical serait difficile à supporter, mais à savoir s’il s’agissait de radicalisme, il n’y a là aucun doute. Certaines analyses, notamment celle des marxistes, ont catalogué le mouvement de réactionnaire, condamné par l’histoire à échouer. 22 Mais l’évidence de la qualité révolutionnaire du mouvement est unanime : à travers leur propagande, les luddites étaient purement anarchistes : « all nobles and tyrants must be brought down. »23

On peut considérer leur lutte non pas comme de l’écologie radicale en soit, mais bien comme son précurseur. En effet, le mouvement luddite est d’une importance capitale dans l’évolution de l’histoire de l’écologie radicale : chacun de ses mouvements qui ont eut une position critique sur la non-violence conservaient la tradition luddite en arrière-plan.24 Comme l’affirme Scarce dans Eco-Warriors :

« ‘Luddite’ has since come to mean a technophobe or saboteur. Ecological sabotage, or ‘ecotage’, is the name environmental Luddites give to destruction of technology in defense of nature. It includes Paul Watson’s [des Sea Sheperds] use of his ship to ram whaling vessles, smashing laboratory equipment used by vivisectionists, and hammering nails into trees to thwart their cutting. Radical environmentalists who take this course see themselves as having little other choice. » 25


Par exemple, le manifeste du Earth Liberation Front comporte une section entière sur les luddites pour tirer inspiration de leur lutte26, le journal d’Earthfirst ! a longtemps eu une section à propos du sabotage intitulé « Dear Ned Ludd » 27.

4. Les géographes anarchistes


Malgré la révolte luddite de 1812, il n’y avait pas eut jusqu’à date de discours radical sur le rapport entre l’humain et l’environnement, et quoiqu’en ce siècle, en 1866, Haekel élaborait le concept préalable à l’écologie moderne, l’oekologie28, il n’y avait là aucune remise en question fondamentale qui caractérise l’écologie radicale. C’est cependant vers la deuxième moitié de ce siècle, après la révolution française de 1848, que les géographes libertaires Reclus et Kropotkine vont rapprocher socialisme et l’environnementalisme à l’instar de la communauté scientifique.

Le rapport à la terre, l’importance des campagnes, l’autogestion : toutes ces notions si sacrées aux anarchistes ont été largement explorées par ces premiers théoriciens de l’écologie libertaire. En effet, « les géographes anarchistes sont en quelque sorte des écologistes avant l’heure, puisqu’ils ont démontré que la Terre est une planète vivante où les actions humaines ont des effets négatifs et / ou positifs, et ceci tient entre autres au système politique et économique dans lequel elles ont lieu. » 29

En établissant les bases d’une liberté qui, tout en étant collective et anti-autoritaire, serait néanmoins contrainte à l’intérieur d’un ordre naturel immuable30, il s’agirait en vérité des premiers énoncés de l’anthropocentrisme contre laquelle allaient s’acharner les générations d’écologistes radicaux à suivre. Reclus et Kropotkine, fidèles camarades et collègues, estiment « indispensable la diffusion des connaissances géographiques, règles du jeu de la préservation de l’équilibre naturel » 31.

Tous les deux étaient géographes de profession et militants révolutionnaires internationaux. En 1877, actifs tout deux dans l’Internationale, (organisation internationale socialiste pour la libération du prolétariat) ils se rencontrent en Suisse, lieu du renommé syndicat des horlogers du Jura, espace particulièrement militant. Ensemble, ils travaillent à une « nouvelle orientation du mouvement anarchiste »32 en tant qu’activistes avec une conscience écologique.

« C’est sur le terrain de la propagande sérieuse, de l’éducation politique des masses qu’Élisée et Kropotkine vont se rencontrer. […] Le journal fondé par Kropotkine s’appelait Le Révolté. […] le journal vit au jour le jour, de ses lecteurs (il tire à 2000 exemplaires), de souscriptions. On répand des brochures éducatives que l’on vend un sou, qui sont traduites à l’étranger. […] Kropotkine poursuit en donnant des idées d’associations, prouvant que son intuition n’était pas seulement géographique mais aussi sociologique.»33


4.1 Pierre Kropotkine et l'Entraide


Le « prince anarchiste », géographe de formation, était épris d’un grand amour de la nature, ayant parcouru sa Russie natale de la Sibérie jusqu’en Chine, toute l’Europe et une partie de l’Amérique.34 Son œuvre théorique, remettant en question la totalité du système capitaliste et autoritaire, ne serais pas suffisante pour faire de lui un ancêtre des écologistes, si ce n’était que de l’omniprésence de sa connaissance de la terre à travers son œuvre, mais surtout de son Entraide, une œuvre qui vint rivaliser avec Darwin sur le plan théorique. Cet ouvrage étudie diverses populations animales et humaines, selon différentes localisations et durant divers périodes de l’histoire et observe comment la coopération peut constituer un facteur de l’évolution35, voire une nécessité de survie, contraire à la théorie de compétition darwinienne.

S’attardant à la conception morale de l’organisation sociale en s’inspirant du monde naturel, Kropotkine poursuit avec la question de la propriété privée, et donc de l’accès à la terre. Son discours propose une rappropriation des moyens de production : « Individual appropriation is neither just nor serviceable. All belongs to all. » 36

On se rappelle du vieux géographe, comme le raconta son amie et célèbre anarchiste Emma Goldman, qu’à la toute fin de sa vie il se préoccupait avec autant de passion et d’enthousiasme de son potager que de la révolution bolchévique.37


4.2 Élisée Reclus et l'Homme et la Terre


Élisée Reclus composera sa dernière œuvre, l’Homme et la Terre, vers 1884, pour faire suite à sa Nouvelle Géographie Universelle : œuvre colossale d’à peu près 20,000 pages38. Anarchiste et communiste, il dévoue sa vie à la révolution et à l’étude de la nature. Il expose dans l’Homme et la Terre sa vision d’une organisation idéale entre la société humaine librement organisée et l’environnement naturel.


« Notre liberté, dans nos rapports avec la Terre, consiste à en reconnaître les lois pour y conformer notre existence. Quelle que soit la relative facilité d’allures que nous ont conquise notre intelligence et notre volonté propres, nous n’en restons pas moins des produits de la planète attachés à sa surface comme d’imperceptibles animalcules, nous sommes emportés dans tous ses mouvements et nous dépendons de toutes ses lois. Après avoir été longtemps pour le globe de simples produits à peine conscients, nous devenons des agents de plus en plus actifs dans son histoire. » 39


Reclus est reconnu par le milieu scientifique géographe comme fondateur de la géographie sociale40 qui étudie les rapports entre la société humaine et l’environnement naturel, mais on peut aussi comprendre que son travail de réflexion dans l’Homme et la Terre offrit des pistes plus poussées encore, selon lesquelles l’équilibre naturel passe aussi par une révolte radicale des communautés humaines, de réflexion écologique et de révolte radicale pour les générations à suivre.

5. Contre-culture et écologie


Les décennies 1960 et 1970 marquent la formation d’un mouvement écologique populaire dont la portée fut sans précédent41. Là se trouve l’avènement de l’écologie radicale qui se manifeste encore à ce jour. Cette contre-culture s’étendit, fut médiatisée, documentée, se spécialisa, et plusieurs factions d’affrontèrent à l’intérieur même du mouvement. Par exemple, Greenpeace démarra à partir, entre autres, de membres du Sierra Club42, Sea Shepherd se forma à partir de Greenpeace43, et Wild Earth, Animal Liberation Front et Earth Liberation Front se formèrent suite de schismes dans Earthfirst! 44 , et ainsi de suite.

À noter que durant la période contre-culturelle, l’écologie est considérée dans cette étude comme un mouvement social plutôt qu’en tant que science naturelle.


5.1 Silent spring en 1962


La parution du Silent Spring de Rachel Carson en 1962 à propos du DDT fut un des premiers ouvrages du type « scandale écologique » qui s’inscrit dans une lignée de littérature alarmiste qui repose beaucoup plus sur la science que la philosophie. 45 Le livre trouva un auditoire réceptif, une jeunesse contre-culturelle s’étend conscientisée et organisée dans la résistance contre le guerre au Vietnam à travers le monde. 46

Suite à la première journée de la Terre en 1970 et le décret de l’ONU de la décennie 1970 en tant que « décennie de la Terre » 47, le mouvement écologique était assez répandu, sans pourtant se qualifier de radical, il lui manquait le questionnement en profondeur et les actions pour l’appuyer. L’avènement d’une écologie plus radicale se confirma avec le Blueprint for Survival de Edward Goldsmith en 197248 qui traça le portrait d’une société aux traits primitifs en tant que solution à la menace de l’écocide 49, quoique sa pertinence soit fortement critiquée dans la gauche politique et dans le mouvement féministe, l’œuvre qualifiée de « patriarcale et réactionnaire » 50 .

Un impératif de sauvegarde de l’environnement se propage, et bientôt les organisations se multiplient. Greenpeace, depuis sa formation en 1969, est la première organisation qui fait le choix de passer à l’action et symbolise le pont vers le radicalisme. 51


5.2 Vers l’écologie radicale : Greenpeace et Sea Shepherd


La première action directe des années ‘60 eut lieu avec le Don’t Make a Wave Comittee : une coalition d’activistes pacifistes dont plusieurs provenaient du Sierra Club, en 1969. Ils sont allé par bateau (baptisé le Greenpeace) , à l’île Amchitka aux É-U pour tenter d’empêcher un essai nucléaire.52 Se renommant la Fondation Greenpeace et commença une campagne en 1972 contre les essais nucléaires en France, qui entraîna beaucoup de violence entre le gouvernement français et les activistes, notamment dans le sabordage du Rainbow Warrior qui coûta la vie à un activiste de Greenpeace.53 Depuis, quelque trente ans plus tard, l’organisation est devenue une corporation multinationale avec des bureaux dans vingt-trois pays et un roulement de plus de 100 millions de dollars américains par année54 : la plus grande organisation écologique, maintenant critiquée de ne plus être radicale.55

Outre cette organisation, il y eut d’autres actions directes par des groupes autonomes. Une des plus remarquables de ce temps fut celle de Paul Watson, en 1979. Ancien activiste et organisateur dans Greenpeace, il convaincu le président du Fund for Animals de lui financer l’achat d’un bateau pour affronter un baleinier particulièrement efficace nommé le Sierra. Avec son équipage, le Sea Shepherd fonça droit dans le Sierra aux larges du Portugal et le percuta de plein fouet à deux reprises, tentant de le couler. Le baleinier retraita alors jusque dans un port sur la côte pour réparations. Lorsque celui-ci fut près pour retourner pêcher, une bombe éclata dans sa cale et le bateau sombra. Quatre autres baleiniers furent ainsi coulés en un court laps de temps. 56 De plus, lorsque les autorités portugaises qui avaient capturées le Sea Shepherd refusèrent de le rendre à Watson à moins que celui-ci ne débourse 750,000 dollars pour amende et dommages, le capitaine préféra que son ingénieur en chef Peter Woof s’infiltre dans le bateau à la veille du Nouvel An et le saborde manuellement tandis que Watson observait, seulement pour déjouer les autorités et s’enfuir en espagne.57

On peut supposer que cette vague d’actions directes aussi violentes que romantiques suscitèrent énormément d’émoi à travers le mouvement écologique. À partir de ce moment, l’écologie radicale s’organise sous trois différentes grilles d’analyses, formes d’organisation et types de stratégie.

6. L'écologie radicale, de la théorie à la pratique


Lorsque le mouvement écologique est devenu assez grand et répandu, certains de ses éléments se sont distingués de la masse populaire pour se spécialiser au point de vue théorique et pratique. Ces trois facettes sont maintenant reconnues comme étant les trois traditions de l’écologie radicale. 58


6.1 Écologie profonde et Earthfirst !


Arne Naess fut le premier théoricien de l’écologie profonde, concept qu’il introduit en 1972.59 Il s’agissait alors d’une révolte contre l’anthropocentrisme du mouvement écologiste populaire qui, selon Naess, ne voulait pas préserver la nature pour son propre bien mais bien uniquement pour sauver l’espèce humaine de l’extinction. À l’anthropocentrisme il opposa sa théorie du biocentrisme qui consiste à ne pas octroyer une valeur morale hiérarchisée entre les différentes formes de vie, peu importe leur degré de complexité. 60

Puis, quelques années plus tard, en 1975, vint le roman de Edward Abbey à propos d’activistes écologistes qui pratiquaient du sabotage, The Monkey Wrench Gang . Ce livre eut certainement son rôle à jouer dans la création d’Earthfirst! puisque dans la préface, Abbey déclare une fausse rumeur selon laquelle le « gang » allait bientôt faire exploser le barrage de Glen Canyon en Arizona, cible qui fut la toute première du mouvement, au printemps 1981. Abbey assista même à l’action, quoiqu’il n’y a pas eu d’explosion. Plutôt, une banderole de près de cent mètres simulant une faille dans le barrage y fut déroulée. Un lien est à faire, comme le rapporte Scarce :

« Some say Earthfirst! was Abbey’s brainchild, and, in truth, there can be no doubt that its fun-loving, monkey-wrenching wielding spirit draws much inspiration from the writings of « Cactus Ed », as Abbey was called. But it was indeed the failure of the political system that gave rise to Earthfirst!. Dave Foreman, who had left his job as the Wilderness Society’s Southwest regional representative nine months before, said at the rally following the Cracking, ‘The main reason for Earthfirst! is to create a broader spectrum within the environmental community… The people who started Earthfirst! felt there was a need for a radical wing to the environmental movement. Somebody has to say what needs to be said. » 61



Ses deux constituantes réunies dans l’écologie profonde et l’action directe, c’est à dire philosophie et stratégie, Earthfirst! était créé en Arizona en 1980. L’organisation gravite autour de principes de non-violence et d’écologie profonde, avec un impératif à ne faire aucun compromis. Jusqu’à ce jour, il n’y a pas moyen de devenir membre autre qu’en agissant en accord avec ses principes et revendiquer son appartenance au groupe.62

Seulement, ce mode d’organisation décentralisé et non-hierarchique a associé Earthfirst! au mouvement anarchiste. Selon Scarce, c’est autour de 1987 qu’une vague d’anarchistes sont reconnus à l’intérieur du mouvement, plus sensibles au machisme et très critiques des origines rednecks d’Earthfirst! 63 jusqu’au point où David Foreman, co-fondateur et ex-marine, constate une divergence idéologique entre ce qu’il surnomme « l’ancienne garde » de sudistes à caractère patriarcale et les nouveaux arrivants écologistes libertaires. 64 Cette divergence à propos de la question sociale expliquerait l’apparition du journal Live Wild or Die en 1989.

L’anti-compromis d’Earthfirst! est une nouveauté aux Etats-Unis. L’organisation radicalise une grande part du mouvement écologique et prone une diversité d’action très large. Manifestations, désobéissance civile, sabotage, tree spiking , et les célèbres tree sits : un éventail très large d’actions directes médiatisées défini Earthfirst! Depuis, le mouvement pris de l’expansion, comme l’a recensé Scarce :

« By late 1981, after the first Road Show tour, the [Earthfirst!] Journal listed Earthfist! contacts in Maine, Virginia, New Jersey, Montana, Colorado and Wyoming. Five years later when the Earthfirst! Fondation had been created as a non-profit educationnal corporation, there were international representatives in Australia and Japan, groups in forty-four cities and thirty-two additional ‘local contacts’. By 1990 […] there are international representatives in nine nations, seventy-two local groups, and contacts in another thirty-five locales. Sixteen of the local groups produce their own newsletters. » 65


6.2 Écologie sociale et le municipalisme libertaire


Murray Bookchin est « mieux connu comme celui qui a introduit l’idée de l’écologie dans la pensée de la gauche » 66. Son Our Synthetic Environment fut publié en 1962, en même temps que le Silent Spring de Rachel Carson. À la fois vétéran du mouvement anarchiste et du mouvement environnemental, il tenta de rallier la pensée sociale radicale et l’écologie dans sa publication de 1982 : The Ecology of Freedom, reconnu comme étant la pierre angulaire de l’écologie sociale. 67

Cette discipline dont il est le père fondateur qui cherche à réévaluer la place de la société dans l’écosystème naturel afin de rendre son existence viable, remise en question qui suggère l’abolition de toute hiérarchie, selon la tradition anarchiste telle que décrite par Kropotkine ou Malatesta.68 À noter qu’il y a une distinction à faire avec les autres traditions d’écologie radicale, puisque l’écologie sociale s’affirme en opposition au spiritualisme de l’écologie profonde et au primitivisme des anti-civilisationnels. Comme l’affirme Bookchin :

« Aujourd’hui, dans le monde entier, les mouvements écologiques sont mis devant des choix inquiétants. D’une part on voit se diffuser, venant d’Amérique du nord, une sorte d’épidémie spirituelle : au nom du retour à la nature, elle évoque des atavismes irrationnels, des mysticismes, des religions ‘païennes’. Le culte de ‘déesses’, des traditions ‘paléolithiques’ ou ‘néolithiques’ […] tout ce courant de l’écologie profonde se présente comme une nouvelle spiritualité. Le phénomène n’est pas innocent : il est souvent teinté d’un néo-malthusianisme perfide qui ne voit pas de mal à laisser mourir de faim les pauvres, surtout les victimes des pénuries dans le tiers-monde, pour ‘freiner l’évolution démographique’. […] la mythologie s’est diffusée parmi les écolo-mystiques, les partisans du primitivisme en version écologique [tandis que] le message de l’écologie sociale n’est ni primitiviste ni technocratique. Elle cherche à définir la place de l’humanité dans la nature – place singulière, extraordinaire – sans tomber dans un monde préhistorique anti-technologique […] »



L’écologie sociale ne veut donc pas de révolution spirituelle ni de philosophie biocentriste absolue, pas plus que de rejeter la civilisation et la technologie : « a rational ecological ethic can survive and flourish within hierarchical society, ultimately replacing it. [...] using appropriate technology arising from this. »  69

Bookchin introduit sa théorie du municipalisme libertaire en tant que guide pratique de l’écologie sociale appliquée. Le modèle consiste en une démocratisation à l’échelle communautaire qui encouragerait l’implication des citoyens dans la prise de décision pour leur région, et renforcerait le tissus social qui permettra la mise en branle des changements nécessaires à la viabilité écologique. 70 Le schéma global comprendrait l’élection de députés au pallier municipal qui serviraient à organiser les communautés par direction directe, pour finalement les unir à l'aide de fédérations.

Depuis The Ecology of Freedom, plusieurs ouvrages ont été rédigés à propos du municipalisme libertaire, notamment par Janet Biehl, et la popularité de l’écologie sociale entraîna tout un mouvement dans le Vermont aux Etats-Unis. L’incorporation de l’Institut de l’Écologie Social en 1981 et sa montée en popularité avec maintenant plus de trois mille étudiants et étudiantes annuels provenant des quatre coins du monde est peut-être la quintessence de l’écologie sociale.71

À noter ici que des trois traditions écologistes radicales, l’écologie sociale se qualifie non pas par l’action directe mais par une institutionnalisation qui se veut, néanmoins, révolutionnaire. 72


6.3 Primitivisme et le Earth Liberation Front


La tradition primitiviste, aussi appelée anti-civilisationnelle, tire ses racines dans des situationnistes Européens, notamment de Guy Debord et sa Société du spectacle de 1967 et aussi de l’œuvre de Raoul Vaneigem73, auteur qui remet en question la séparation du travail post-néolithique qui ne conçoit « d’autre politique que celle du jardinier amoureux des ravissements qu’il se ménage à longueur de saisons ». 74 Les situationnistes préparent le terrain de la pensée anti-civilisationnelle en remettant en cause non pas l’inégalité du capital tant dénoncée par Marx mais bien le problème de tout capital en soi, dans sa nature. De plus, le temps et sa perception est mis au banc des accusés comme cadre débilitant du prolétariat, prétextant aussi que la technologie et la matérialité sont aussi une source d’aliénation, suggérant que les moyens de productions ne doivent pas seulement être réappropriés mais aussi remis en question radicalement :

« […] commodity-capitalism controls the time and space in which the worker exists – Taylorism and the time clock at work, town planning and timetables outside it – trapping workers in a cycle of work, consumption and sleep beyond their control and reducing them to the level of isolated, passive spectators on their own lives. In conclusion, situationists argued the quality of people’s lives was poor under conditions of commodity-capitalism despite – or more precisely, because of – the material affluence that surrounded them. » 75


Un auteur du journal anarchiste the Fifth Estate influencé par Herbert Marcuse, George Bradford, poursuivit à travers ses articles la critique de la technologie et de la civilisation durant les années 70, argumentant que dans les assises de la civilisation reposaient la fragmentation de la vie communale et la réponse à la dégradation écologique. 76 Pourtant, c’est en 1983 que le premier ouvrage à pouvoir être considéré pleinement anti-civilisationnel apparaît, dans la région de Detroit, Fred Perlman, publiait avec l’aide de Bradford Against His-Story, Against Leviathan ! : la pierre angulaire de la pensée primitiviste, 77 à partir de laquelle s’est développé le reste du mouvement théorique, notamment avec le Against the Megamachine, essays on empire and it’s enemies de David Watson, en 1995 et Elements of Refusal de Paul Zerzan en 1999, et à travers le magazine Anarchy, a journal of desire armed de Chicago, Green Anarchist de Londres et Green Anarchy de Eugene en Oregon.

Perlman et les primitivistes considèrent que la crise écologique est la suite logique de la démarche de la civilisation, entreprise durant la révolution néolithique où la domestication et la sédentarisation permirent un surplus de ressource, une concentration du capital, le phénomène d’urbanité et la séparation du travail qui constitua les classes sociales.78 La conception de la liberté dépasse celle des anarchistes en général au sens où, selon la théorie, l’être humain a lui aussi été domestiqué dans la civilisation, c’est à dire qu’il aurait été aliéné par la technologie. La condition de l’être humain moderne, selon Perlman, est que contrairement aux primitifs qui étaient beaucoup mais avaient peu, nous avons beaucoup mais sommes peu.79 S’inspirant du travail d’anthropologues tel que Pierre Clastres, les anti-civilisationnels argumentent que si d’un côté les anarchistes perçoivent l’autorité à travers le patriarcat, le capitalisme, l’État, l’église et la famille80, leur origine repose dans la capacité à penser symboliquement (abstraction) qui permis aux premiers oppresseurs d’instaurer les premiers cadres aliénants, c’est à dire le temps, la langue et le nombre. 81

La mise en pratique du mouvement anti-civilisationnel est certainement la plus violente, et si on se réfère au sens premier du terme, la plus radicale, puisque le primitivisme ne reconnaît ni la légitimité de la civilisation ni l’intégrité matérielle, mais uniquement la liberté et la vie. Tel que l’affiche la « Coalition contre la civilisation » qui regroupe la plupart des collectifs anti-civilisationnels, les actes de sabotage, d’attaque incendiaire ou n’importe quel vandalisme de petite ou grande échelle n’est pas seulement recommandé, c’est la seule attaque possible contre le système techno-industriel civilisé, prétextant l’auto-défense et tentant de ressusciter le luddisme de 1812. 82

Ainsi, on pourrait associer les actes du groupes écoterroriste Earth Liberation Front (ELF), fonctionnant par cellules anonymes autonomes, qui se concentrent uniquement en bris de propriété, vandalisme, destruction d’organismes génétiquement modifiés et libération d’animaux ayant causé depuis sa naissance en 1993 (suite à un schisme à l’intérieur d’Earthfirst! entre les pacifistes et les violents83i) plus de 100 millions de $ US à travers l’Amérique et l’Europe. 84

7. Conclusion


Comment conclure le sujet de l’écologie radicale ? L’histoire parle d’elle-même. Il y a néanmoins place à la subjectivité lorsque, aux abords d’une crise aiguë, on questionne la place de l’humanité pour prévenir la sixième extinction massive que la Terre ait connu : la nôtre. L’auteur de cette étude n’est pas exempt de son sujet, et donc ne peut pas être totalement objectif face à lui : je veux vivre et je veux être libre, et je n’ai pas choisi le sujet de l’écologie radicale par hasard.

À la moitié du 19e siècle, Friedrich Nietzsche prévoyait dans sa Volonté de Puissance que les deux cent prochaines années seraient marquées par le nihilisme, que cette page d’histoire là pouvait être écrite tout de suite, tant les symptômes de mal de vivre se manifestaient partout en Occident. 85

Si on observe le cheminement de la modernité, l’évolution des rapports entre l’humanité et son environnement, il n’y a aucun doute dans l’esprit rationnel que la situation environnementale, à petite échelle (c’est à dire à grande superficie), ne s’est jamais améliorée. Malgré les réformes, malgré les efforts, dans un rapport dialectique entre dominés et dominants, la logique la plus puissante est celle qui manie les surplus avec la poigne la plus ferme, propulsant le système-monde vers un aboutissement particulièrement tragique, les ressources étant limitées dans la nature.

Est-ce que la théorie, seule, peut mener au changement effectif ? Est-ce qu’un cataclysme est nécessaire pour qu’un changement sociétaire radical survienne et force une viabilité écologique à l’humanité, si elle survit ? Deux cent ans de nihilisme et deux cent ans d’écologie radicale n’ont pas entraîné de révolution ou de changement radical significatif : les mêmes erreurs se répètent et l’autorité qui repose dans les mains des dirigeantes ne veut pas se laisser détrôner. Treize ans après le World Scientists’ Warning to Humanity le sujet de l’écologie est enterré sous la schyzophrénie étatique du terrorisme : ses guerres externes et sa répression interne. L’écologie radicale, elle, n’est autre aux yeux du monde et des médias de masse que du terrorisme.

Et quoiqu’elle propose des schémas, la contradiction hégélienne entre la réalité et l’idéal entraîne un profond désespoir, une souffrance et un deuil parmis ses protagonistes : il devient évident qu’une fois sortit de la caverne d’Aristote, si on revient à l’intérieur et risquons de libérer les esclaves, ils vont nous tuer ou pire, nous enfermer.

Tous les États semblent opérer sur le modèle anti-insurrectionnel du Général Frank Kitson, élaboré en 1971. Est-ce qu’un seul facteur exogène (rupture de stock, débalancement climatique, cataclysme quelconque, etc.) puisse freiner la marche de la civilisation. Néanmoins, sachant la gravité de la situation, peut-on connaître et accepter rationnellement la détresse du moment présent sans aboutir à leur aboutissement logique, c’est à dire le suicide ou la révolte ? L’impartialité, l’indifférence, la neutralité : là sont tous des caractères aussi politiques que la gauche ou la droite, personne n’est exclu de la problématique écologiste.

Et si la situation est extrême, est-ce que le radicalisme n’est pas la seule approche moralement acceptable ? Face à pareille crise, tout peut se remettre en question, l’autorité, la technologie, l’institution, tous les lieux de production matérielle et sociale, l’église, la famille, l’état, l’école : nous ne pouvons nous permettre d’écarter le débat ou de discréditer la légitimité de la remise en question fondamentale de notre mode de vie et de notre aliénation.

Si Nietzsche avait vu juste pour notre ère, peut-être est-il possible d’acheminer le nihilisme dans sa qualité affirmative telle qu’explicitée par Schopenhauer, assumer le deuil de nos illusions et recommencer à zéro. Là, seulement, peut s’exercer la rupture de l’humanité où sa place dans l’équilibre naturel sera rétablie et pérennisée.

par Nox, 2004.


Anti-copyright.


contact : nox@resist.ca


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1 La Terre d’Abord, « Occupation des Bureaux de Paul Martin », 2004.

http://www.laterredabord.org/nouvelle_fr16.php

2 ANONYME, 24 heures d’occupation des bureaux de Paul Martin, Montréal, La mauvaise herbe, vo.3, no.2, 2004, pp. 7-10

3 SUZUKI, David, L’équilibre sacré, redécouvrir sa place dans la nature, Vancouver, Canada, Éditions Fides, 2001, pp. 15-16

4 Union of Concerned Scientists, World Scientists’ Warning to Humanity, communiqué de presse, 18 novembre 1992.

5 Earth Liberation Front « Diary of actions, 2003 »

http://earthliberationfront.com/doa/2003.shtml

6 SCARCE, Rick, Éco-Warriors ; understanding the radical environnemental movement, Chicago, The Noble Press, 1990, p. 86

7 DROUIN, Jean-Marc, Réinventer la nature, Paris, Desclée de Brouwer,1991, p.20.

8 « Anarchisme et écologie », Terre et Liberté, vol 1 no. 1, Liberterre, Montréal, 2004, pp. 5-8

9 ZERZAN, John, Elements of refusal, Eugene, Etats-Unis, Paleo, 1999, pp. 13-17

10 Ibid. pp. 3-4

11 GUERIN, Edgar, État, Hydro-Québec et résistance Cris, Montréal, la Mauvaise Herbe, 2003, p. 9

12 Ibid, p. 2

13 DESCHAMPS, Hubert, Les Européens hors d’Europe de 1434 à 1815, Presses universitaires de France, Paris, 1972, p. 123

14 DESCHAMPS, Hubert, Les Européens hors d’Europe de 1434 à 1815, Presses universitaires de France, Paris, 1972, p. 124

15 GUERIN, Edgar, État, Hydro-Québec et résistance Cris, Montréal, la Mauvaise Herbe, 2003, p. 13

16WATSON, David, Against the megamachine : essays on empire and it’s enemies, Detroit, Autonomedia, 1995, p. 50

17 Idem.

18 ZERZAN, John, Elements of refusal, Eugene, Etats-Unis, Paleo, 1999, p. 308 p.107-110

19 VANEIGEM, Raoul, Le livre des plaisirs, Bruxelles, Labor, 1979, p. 7

20 ZERZAN, John, Elements of refusal, Eugene, Etats-Unis, Paleo, 1999, p. 308 p.107-110

21 Idem

22 Idem

23 Idem

24 RYDER, Martin, « Luddism and the neo-luddite movement », University of Colorado at Denver, http://carbon.cudenver.edu/~mryder/itc_data/luddite.html

26 Earth Liberation Front « Meet the E.L.F. »

http://earthliberationfront.com/about/

30 Ibid, p. 64.

32 Ibid, p. 31

33 SARRAZIN, Hélène, « Élisée Reclus ou la passion du monde » , Éditions La Découverte, Paris, France, 1985, pp. 176-184

36 KROPOTKIN, Pierre, The conquest of bread, Éditions Chapman and Hall ltd, Etats-Unis, 1906, p. 14-15

37 GUÉRIN, Daniel, Anthologie de l’anarchisme, Éditions La Découverte/Poche, Paris, 1999, pp. 401-410.

40COLLIGNON, Beatrice, La géographie radicale à la recherche d’un nouveau souffle, Les Éditions Beilin, Paris, 2001.

41EPSTEIN, Barbara, Political protest and cultural revolution ; nonviolent direct action in the 1970s and 1980s, Berkeley, University of California Press, 1991, p. 21

42SCARCE, Rick, Éco-Warriors ; understanding the radical environnemental movement, Chicago, The Noble Press, 1990, p. 47

43Ibid, pp. 54-55

44Earth Liberation Front « Meet the E.L.F. »

http://earthliberationfront.com/about/

53 Ibid, pp. 112-113

54 Ibid, p. 49

55 Collectif Liberterre, Capitalisme Vert, « Terre et Liberté », vol 1 no. 1, Liberterre, Montréal, 2004, p. 36

69ANONYME, Green anarchism : it’s origins and influences, Oxford, Autonome Distribution, 1994, p. 23

70 Ibid, p. 20.

71 Institute for Social Ecology « About the ISE »

http://www.social-ecology.org/staticpages/index.php?page=about&topic=about

76 Ibid, p. 23

85 BAGGI, Vladimir, Le nihilisme, Paris, Flammarion, 1998, pp. 67-70

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Mis en ligne par libertad, le Lundi 11 Octobre 2004, 22:32 dans la rubrique "Ecologie".