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Développement
La planète n'a plus les moyens
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1 360 experts sonnent l'alarme : à force de dégrader les écosystèmes, l'homme menace son propre bien-être d'ici à quarante ans.

Par Sylvie BRIET
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jeudi 31 mars 2005 (Liberation - 06:00)
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l'homme vit au-dessus de ses moyens. Plus exactement au-dessus des moyens de la planète. Il puise directement dans le capital naturel de la Terre, non dans les intérêts qu'il pourrait produire. Et 60 % des «services» vitaux qui lui sont fournis par les écosystèmes sont déjà dégradés ou surexploités. D'ici trente à quarante ans, le bien-être de l'homme sera menacé. Ce constat alarmant est le résultat d'un travail monumental réalisé durant quatre ans à l'échelle planétaire et sous l'égide de l'ONU par 1 360 experts de 95 pays. Ce Millenium Ecosystems Assessment (Evaluation des écosystèmes pour le millénaire) rassemble pour la première fois de façon complète et intégrée toutes les connaissances en ce domaine (1). Anthropologues, écologues, biologistes et économistes ont travaillé ensemble.

Cohérence. Patrick Lavelle, par exemple, écologiste du sol à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), a coordonné le chapitre sur le recyclage des nutriments, un des «services» écosystémiques très bouleversés par l'activité humaine. Avec des spécialistes du monde entier, il a dressé un bilan de l'appauvrissement ou de l'enrichissement des sols en nutriments, évalué l'augmentation de la production d'azote, proposé des solutions. Les coordinateurs se sont réunis deux fois par an pour donner une cohérence à cet énorme travail de collecte de données. «Le terme de "service rendu par les écosystèmes" a permis à des écologistes, des économistes et des sociologues de travailler ensemble. Et, parmi les grands groupes de services, on a retenu les services culturels. Il y a vingt ans, on aurait eu honte de mettre en avant l'esthétique.»

Les experts tirent quatre grandes conclusions de leur étude. Tout d'abord, les humains ont modifié les écosystèmes plus rapidement et plus profondément au cours des cinquante dernières années qu'à tout autre moment de leur histoire, essentiellement pour répondre à des besoins croissants en nourriture, eau douce, bois, fibres et combustibles. Plus de terres ont été mises en culture depuis 1945 que pendant les XVIIIe et XIXe siècles réunis. Plus de la moitié des engrais azotés synthétiques utilisés pour l'agriculture (mis au point en 1913) l'ont été depuis 1985.

Facture. Deuxième constat, ces changements des écosystèmes ont permis d'augmenter le bien-être humain. Mais la facture est lourde. Les cultures, l'élevage et l'aquaculture ont connu un essor spectaculaire qui a accompagné la croissance démographique, mais néanmoins insuffisant pour éradiquer la faim dans le monde. Et la soif de ressources se traduit déjà par des stocks de pêche et d'eau douce inférieurs aux besoins. Cette dégradation devrait s'aggraver au cours des cinquante prochaines années, ce qui fera obstacle à la réalisation des objectifs du millénaire, adoptés par l'ONU en 2000 et qui visent à réduire de moitié le nombre de personnes qui souffrent de la faim d'ici à 2015.

La quatrième des conclusions donne une note plus optimiste : des changements importants de politique et de pratique peuvent encore renverser la tendance. «L'Organisation mondiale du commerce, par exemple, devrait analyser les résultats de cette évaluation et en tirer des conclusions, comme le lien est de plus en plus étroit entre les questions de développement et la gestion de la nature et des écosystèmes», souligne Salvatore Arico, de la division des sciences écologiques et de la Terre à l'Unesco. «Mais notre message s'adresse aussi à la société civile, qui peut faire pression sur les gouvernements.» Le rapport précise que les changements majeurs indispensables n'ont pas été amorcés. Pire, la tendance est à l'aggravation des dégradations.

(1) Site web : www.maweb.org

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